Renaud POUTOT & Ludovic VIRAGH :
Le Départ
On vient de prendre une minute à Valence pour pointage en avance, dès le premier pointage, mais ça, nous ne le savons pas encore… Ludo et moi sommes assez silencieux dans la liaison, conscients qu’il va falloir affronter un monument du rallye : « Le Moulinon »
J’avais prévenu « Bug » et Benjamin Reiss, mais aussi Jim, mon chef de voiture, que malheureusement mon début de rallye se ferait certainement en demi-teinte, du fait de mon évident manque de roulage ! Avec un seul rallye par an et du travail le reste de l’année, par dessus la tête, il ne faut rien espérer d’immense.
Néanmoins, dans un coin de ma tête, je me suis posé une question intéressante à laquelle répond Yannick NOAH, dans son vieux bouquin « Secrets » : suis-je encore un sportif intérieur ? Ce que cela signifie est simple : si j’accepte la personne que je suis aujourd’hui (37 ans, 1 rallye par an, 15 Kilos en trop, presque plus de sport, 10 fois trop de travail) aurai-je la force et la conviction d’aller rechercher MON pilotage ? Je plaisante souvent en évoquant mon régime « Jean-Luc Thérier » mais il est plus que jamais d’actualité…
Ma décision est prise à quelques kilomètres du départ de la spéciale : je vais attaquer. Comme si je n’avais jamais quitté ce sport. Comme si j’avais le loisir de rouler 100 jours par an dans cette fantastique DS3 R3. Pour moi d’abord, pour mon équipe et mes partenaires ensuite.
Adrien, Yanick, Teddy et le reste de R plus Racing sont dans St Julien du Gua. Comme il ont l’habitude de voir rouler les meilleurs pilotes du monde avec les essais que nous organisons, je sais qu’il ne faudra pas les décevoir.
ES 01 : Le Moulinon - Antraigues
Distance de cette spéciale : 36.87 km
Chrono dans cette spéciale : 26:44,0
Chrono (temps total) 26:44,0
Classement dans cette spéciale : 26ème
Classement général : 26ème
En Arrivant au départ du Moulinon, chez mon ami Bruno « Zagatoï », j’ai ce petit pincement au cœur, proche d’un trac d’artiste, mais la certitude qu’au Moulinon, je suis chez moi.
Les huit premiers kilomètres de la spéciale ont fait beaucoup parler, et l’on a entendu tout et n’importe quoi à leur sujet. La réalité sera encore bien différente : c’et plein de graviers à un point tel qu’on dirait que la DDE nous a précédée. Il y a des autos sorties de la route de partout, c’est un véritable champ de bataille.
J’essaie de rouler. Vite. Propre. Dans les rails. En restant dans les rails !
Les huit kilomètres passés, on rejoint une route plus conventionnelle, plus Ardéchoise. Je hausse le rythme tant que je peux. Tout va bien. Je constate malgré tout que le nez de l’auto pioche un peu trop et le cul a tendance à rebondir plus que de raison. Au moins ça rend l’auto vivante ! Je mentirais en disant que je n’en ai pas profité un peu pour envoyer quelques virages par les portes… Incorrigible ? Oui, plutôt.
Arrive le Col de la Fayolle, propre mais en glisse au frein à m
ain, quand même !
Derrière La Fayolle, c’est ma récréation jusqu’à Antraigues. Tout y est rapide, en descente, et il faut y aller avec les couilles et du pilotage rythmé. Pas trop de frein et en tâchant de ne pas fusiller les pneus, histoire de pouvoir conserver tout le bénéfice des kilomètres parcourus.
Objectif atteint au point stop. Je vois pas mal de gens surpris de notre temps qui tombe. Certains ont le sourire, d’autres ont le visage qui se tend. Je sais que ce que nous venons de faire ne laisse pas indifférents. C’est bon signe : le label « Renaud POUTOT » est intact.
Dès la liaison, je vais m’empresser de balancer à mes ouvreurs (mon papa et Jean-François Boussit) ainsi qu’à « Bug » et Benja toutes les infos et ressentis au sujet de l’auto. Cette DS3 R3 est magique mais nous allons la faire progresser. Ensemble, nous pourrons entrevoir facilement les pistes de travail.
Allez, vite, à Burzet.
ES 02 : Burzet - St Martial
Distance de cette spéciale : 41.06 km
Chrono dans cette spéciale : 24:48,7
Chrono (temps total) 51:32,7
Classement dans cette spéciale : 22ème
Classement général : 22ème
Elle me fait peur celle-là. Elle me fait chier aussi : il faut avoir bouffé du Stéphane Sarrazin au petit déjeuner pour avoir une chance d’être assez vite sur le plateau et la montée du départ jusqu’à Sagnes et Goudoulet est tellement pleine de pierres-corde que s’en est risible. Tu prends UNE corde, t’es mort !
Alors, les cordes, je les ai évité. Toutes. Les une après les autres. C’est chiant mais comme disait mon ami Xavier Ducastel « des fois, la bonne trajectoire, c’est au milieu ! »
La montée terminée, nous voilà sur les premières allonges du plateau de Sagnes et Goudoulet et là, je me surprends à laisser le pied au fond en 5, puis en 6 !
C’est impressionnant. Tout défile vite, très vite même ; mais je sens que ce ne sera pas un problème majeur. J’ai du bouffer du Stéphane Sarrazin, moi !
Nous rattrapons une Clio R3 italienne après Sagnes et Goudoulet. On lui fond dessus, on se le double et on se le largue ! Je suis satisfait.
Sur le grand plateau, je réussi l’exploit de garder la 6 à bloc pendant environ 1,5Km sans interruption. Je pense à mon « Bug » qui me racontait que Neuville, au Valais, avait pris 195 Km/h en 6 et qu’ils n’en revenaient pas chez Citroën, à la lecture des acquisitions de données. Je sens que je vais leur ramener une belle copie, là. Ils vont aimer le style.
On fait une entrée plutôt haute en couleur dans Lachamp Raphaël, en 6 avec un gros freinage qui bouge beaucoup et la redescente vers St Martial s’amorce au même rythme.
Dans la descente, tout est plus bosselé et l’auto traverse la route d’un coté à l’autre à chaque mouvement de caisse. C’est très « WRC » comme ambiance, dans la voiture. Moi, ça m’amuse et je sens bien que Ludo se concentre tant qu’il peut, tout en se demandant « mais qu’est-ce qu’il fout ? »
Ne t’inquiète pas Ludo, je cours après mon pilotage et je tente des trucs.
Dans les deux ou trois petits gauches serrés de la fin de la spéciale, après le Col de Joux, je ne peux m’empêcher de tirer le frein à main comme si on roulait en Clio GrA. Ça ne sert à rien mais c’est très drôle.
Finalement, à l’arrivée, je me rends compte que j’aime bien cette spéciale.
ES 03 : St Bonnet le Froid - St Bonnet le Froid
Distance de cette spéciale : 25.22 km
Chrono dans cette spéciale : 14:38,9
Chrono (temps total) 1:07:41,6
Classement dans cette spéciale : 28ème
Classement général : 28ème
C’est toujours un peu étrange St Bonnet le Froid. Il y a tous les ingrédients pour rouler vite et toutes les raisons pour se jeter dans un ravin aussi. En reco, on a fait un tout-droit sur une plaque de verglas totalement invisible, pour aller se garer 20m plus loin que la route. Il ne faut pas perdre de vue ce détail.
Du coup, j’ai sous-roulé.
Plus exactement, il m’est venu à l’esprit, l’impérieuse nécessité d’essayer de rouler propre, sans glisser, sans me mettre en péril aux freinages, sans me battre au volant.
J’avais envie de respirer, ne pas faire d’apnée sur les longs appuis et essayer d’économiser du volant. En clair, j’étais bien moins vite !
Ce n’est pas grave. Quand j’ai vu mon pote Lionel COMOLE planté dans les bois avec sa Civic R3, je me suis dit que je n’avais pas fait un mauvais choix, que celui de la raison.
Je ne suis même pas resté « à bloc en 6 » sur le très long gauche de la ferme vers l’arrivée. Là, c’est un peu la honte… Pas grave.
Comme dans la séance de Karaté du film « Les Bronzés » : Tu le sens pas là ? Ben, le fais pas…
ES 04 : St Bonnet le Froid - St Bonnet le Froid
Distance de cette spéciale : 25.22 km
Temps forfaitaire: 14:35,6 (> spéciale annulée)
Annulée pour cause de sortie de Michel BOETTI.
Sur le départ, on entend toutes sortes de conneries ; certaines même très graves. Les gens et les journalistes devraient garder leur langue des fois…
J’ai du mal à enlever mon casque tant je crains qu’on nous dise que ça repart.
C’est aussi un moyen efficace de garder, de l’intérieur de la voiture, un peu d’intimité. Parce que là, franchement, il y a beaucoup, beaucoup de monde !
Je ne les avais pas vus au tour d’avant. C’est une marrais humaine. C’est bien.
On quitte St Bonnet. Retour à Valence.
ES 05 : St Jean en Royans - Font d'Urle
Distance de cette spéciale : 23.05 km
Chrono dans cette spéciale : 13:15,4
Chrono (temps total) 1:35:32,6
Classement dans cette spéciale : 29ème
Classement général : 28ème
On est le deuxième jour. Il doit se passer quelque chose aujourd’hui. C’est le moment de s’installer dans le rallye comme on choisit sa place au théâtre : premier rang, balcon ou corbeille, ou au fond…
Le matin au parc, me vient une envie amusante : de la musique. Pas n’importe laquelle, celle qui réveille et met les sens en alerte : Rage Against the Machine « Bombtrack »
Avec mon casque blanc de DJ et mon iPhone dans les mains, je me présente au CH d’entrée en parc. Par notre position sur la route, j’assiste à la sortie de Stéphane SARRAZIN, François DELECOUR mais aussi Crugnola, Ancian et Campana.
Avec ma musique de timbré, je me fabrique une armure de « méchant » et je me poste au milieu du passage pour regarder fixement mes adversaires. Dans les yeux, sans les quitter du regard pour que ce soit eux qui baissent les yeux. Et ils le font !
C’est un peu bête, surtout de faire ça à Delecour ou mon pote Sarrazin qui vont évoluer à des années lumières devant moi, mais quand même; je ne veux nourrir aucun complexe vis-à-vis d’eux, ni à l’égard d’aucun de mes challengers directs. J’existe encore, je vais le prouver !
Hier, « Bug » m’a aidé à parfaire le comportement un peu brouillon de la DS3 et ce matin, dès la liaison, je sens que l’auto est beaucoup mieux posée sur ses roues.
Dès le départ de St Jean, sur le sec ultra-rapide, j’envoie comme un dingue. Je me retrouve en 6 là ou je prévoyais la 4 et je garde le pied très au fond. Ça ne dure malheureusement pas. Dans le premier droit en 6 (pour 4) l’auto décroche de son excès de vitesse et part en tête-à-queue dans un champ devant les spectateurs. L’excès d’optimisme est manifeste ! Oui, bon, c’est de ma faute, j’adore cette auto et elle me le rend bien, voilà tout…
Il n’empêche que sorti du champ, le rythme reprend instantanément.
Là, c’est bien. Là ça envoie. La 6 est certainement un des rapports que j’utilise le plus dans cette spéciale.
On passe le carrefour des trois routes. On passe le piège « Ducastel » au transfo sans risques. Je soigne mes relances dans les épingles larges.
Sur la ligne d’arrivée, j’efface mon erreur avec un temps très correct.
ES 06 : Cimetière de Vassieux - Col de Gaudissart
Distance de cette spéciale : 24.13 km
Chrono dans cette spéciale : 14:16,7
Chrono (temps total) 1:49:49,3
Classement dans cette spéciale : 24ème
Classement général : 28ème
C’est la seule spéciale que j’ai filmée à la Go-Pro pendant mes recos, parce que la dernière fois que je suis passé là-dedans, j’avais 18 ou 20 ans, c’était le samedi soir à la neige avec mon papa et Xavier Ducastel et il y avait au moins 1m50 de neige. Autant dire que le paysage ne m’est pas plus familier qu’il ne l’est à Eamon Bolland, mon ami Irlandais du Team Dom Buckley IRS !
Par contre, qu’est-ce que c’est beau ! Et quel bonheur de reconnaître avec Stéphane Sarrazin à qui je voue désormais une amitié sans faille et une admiration toute particulière, en outre.
Cette spéciale me va bien. C’est rapide et il faut un gros cœur.
Mes notes tombent particulièrement bien dans cette spéciale, puisque je prends soin de décrire des repères de trajectoires afin de gagner en anticipation.
Rien à redire. Pas de connerie. Une belle vitesse pure, de gros appuis : le bonheur.
ES 07 : St Jean en Royans - Font d'Urle
Distance de cette spéciale : 23.05 km
Chrono dans cette spéciale : 19:22,7
Chrono (temps total) 2:09:12,0
Classement dans cette spéciale : 34ème
Classement général : 23ème
ES 08 : Cimetière de Vassieux - Col de Gaudissart
Distance de cette spéciale : 24.13 km
Chrono dans cette spéciale : 24:09,7
Chrono (temps total) 2:33:21,7
Classement dans cette spéciale : 21ème
Classement général : 17ème
Je regroupe volontairement ces deux spéciales ensemble, parce que nous n’avons même pas pris soin d’enlever notre casque en liaison tellement on ne voyait même pas le bout de notre capot !
C’est amusant d’apprendre que des usines aient pu croire que la météo resterait clémente après que les premiers flocons furent tombés.
Avec mes ouvreurs, la discussion a été à peu près la suivante :
- Il fait quel temps ?
- Il commence à neiger.
- Et la route est comment ?
- Juste humide, presque comme au premier tour.
- Tu penses quoi ?
- Dans 30 minutes, c’est du GRAND St Jean en Royans !
- Les clous ?
- OUI.
- Ok, je préviens « Bug »
Michael Burri et moi faisons partie alors, dans les excentriques qui mettent les clous.
Ça, j’aime bien. Je sais faire sur la neige. Enfin, quand je dis que je sais faire, j’inclus la notion d’avoir des pneus conçus à cet effet… et c’est là qu’il y a un petit problème.
Qui peut me dire à quoi servent ces pneus (Michelin et Pirelli) en 17’’ taille basse cloutés ? Ils sont NULS sur le sec puisqu’ils réagissent comme des clous, ils sont médiocres au passage sur un sol mixte et ils sont INEXISTANTS sur la neige !
On nous dit de source officielle qu’il s’agit de pneus de « compromis » et cela plait certainement aux ingénieurs… L’idée est belle mais son application « terrain » ne trouve aucun fondement.
Triste sors, que de devoir se traîner sur la neige à soixante à l’heure de moyenne, sans grip, sans latéral, sans frein, sans envergure et sans spectacle.
Il y a 20 ans, avec une petite voiture et 4 clous NF50, on pouvait rouler à 160 Km/h dans St Jean en Royans en se plaçant de virages en virages comme un slalomeur en « géant » !
D’ailleurs, il y a encore, tous les samedi soirs, des tas de gars qui continuent à s’entrainer de la sorte avec des autos plus ou moins belles mais qui roulent certainement plus vite que nous en course… C’est navrant.
Je ne vois que de belles choses dans le rallye moderne : des autos extraordinaires, une sécurité de plus en plus réfléchie, des organisations extraordinaires, du public toujours aussi fan, des partenaires qui acceptent de jouer le jeu.
Pourquoi nous inflige-t-on ces pneus de MERDE, alors que Michelin a dans ses cartons tout le savoir faire (hommes et matériel) pour parfaire la réussite totale de ce rallye.
Vous l’aurez compris, l’objectif dans ces deux spéciale était donc de ne pas se mettre au trou, rentrer à Valence et se préparer pour demain.
Finalement, nous n’avons pas été à la ramasse du tout : 17ème scratch, pourquoi pas…
ES 09 : Montauban-sur-l'Ouvèze / Eygalayes
Distance de cette spéciale : 29.89 km
Chrono dans cette spéciale : 20:04,4
Chrono (temps total) 2:53:26,1
Classement dans cette spéciale : 27ème
Classement général : 16ème
J’adore cette spéciale. Mieux : JE L’ADORE !
Il y a tout ce qui m’amuse dedans : du rapide, du bosselé, du glissant, des gros, gros freinages, des épingles, une traversée de village (et quel village : Laborel !) et deux Cols bien distinctes avec deux putains de descentes où il vaut mieux « en avoir »… Qui dit mieux ?
Le matin, j’ai prévenu « Bug » et mon papa : là, je vais faire un gros coup. Je vais rentrer Micka (Burri) d’un bon paquet et je vais montrer à Pierre Campana qu’avec tout son talent et sa belle Clio, il est tombé sur un adversaire qui ne lui passera rien, même pas le plaisir d’un retour aux avant-postes.
Je suis donc parti à la grosse attaque.
Je me sentais bien comme tout et ça a volé comme j’aime jusqu’à Laborel, où j’ai planté un freinage très tardif et violent à souhait pour le petit droit.
Puis au détour d’un virage, je tombe sur le cul de la 207 (GPC !) de Vigion en difficulté. Il me voit et tâche de se garer aussi vite que possible, à l’intérieur d’une épingle. Sympa Jean-Seb. Je lui fait l’extérieur au frein à main et je me loupe !
Putain, comment j’ai pu me louper !? Comment !?
Avec cette situation dont je joue assurément le rôle du « con de service », je me retrouve nez à nez avec Jean Seb, mon moteur calé en mode « Fresh-Air », voiture muette, impossible de redémarrer, puis impossible de passer le point mort ou la marche arrière, impossible de bouger !
Vigion me contourne et continue sa route (que veux-tu faire d’autre) tandis que je me rappelle qu’il faut tout éteindre pour redémarrer sur une base « neuve » de programmation de l’auto. J’éteins, j’attends. Ça repart ! Environ 40 à 50 secondes de perdues. Là je m’en veux. Vraiment, en faisant des conneries pareilles, je ne mérite pas de gagner ; c’est d’ailleurs ce qui arrivera.
Je redouble Jean Seb, toujours dans la panade (GPC !) avant le Col St Jean et je fais une belle fin de spéciale malgré tout.
Sur le point stop, je crains que le temps ne finisse de m’enfoncer et je sais de toute façon que mon beau projet dans cette spéciale, et bien je peux me le mettre où je pense. Quand on est con, on est con !
Je ne suis pas revenu sur Micka et Pierre, du haut de son talent immense, m’en met plein la tête. Je ne gagnerai pas le 2RM. Je le sais. Je ne finirai même pas second…
ES 10 : Moulinet / La Bollène-Vésubie - 1
Distance de cette spéciale : 23.41 km
Chrono dans cette spéciale : 17:53,2
Chrono (temps total) 3:11:19,3
Classement dans cette spéciale : 22ème
Classement général : 16ème
Micka me demande à l’assistance avant de partir dans la boucle : « Dis Renaud, c’est comment le Turini ? »
Je comprends qu’il est en train de se faire un monde de ce qui nous attend là-haut.
Je le rassure tant que je peux en lui expliquant que c’est juste une route, même pas difficile dans laquelle il trouvera 1,5 km de boules de neiges sur la route et 200m de lumières intensives et point barre. Rien de grave.
Rien qui ne puisse compromettre sa belle prestation jusqu’alors ! Le voilà rassuré.
J’ai joué un rôle de grand frère qui ne me déplait pas. Ça ne m’empêchera pas de faire tout mon possible pour rouler plus vite que lui et lui reprendre tout ce que je peux. Mais j’ai de l’estime pour ce gamin. Il est gentil, intelligent, observateur, bon pilote et il est très solide.
A Moulinet flotte cette ambiance unique de dernière nuit. J’adore ça. Sa sent les merguez et la nuit froide et sèche. Il y a des italiens et toutes les contrées du Monde qui y sont représentées et l’on sent chez eux une admiration identique pour Delecour, Solberg, , Bouffier, Gonon, Campana, Burri, Poutot et tous les poursuivants.
La spéciale, cette année est toute sèche, hormis le kilomètre que j’ai promis à Micka.
Bien entendu, mon passage du Col à déchainé les passions, su Eurosport et dans le parc de Monaco avec cette image de la DS3 qui s’envole au gauche en plongée de la descente du Col !
Franchement, dans l’auto, cette figure nous a semblé bien insignifiante et peu sujette à discussion. Mais bon, mettez une caméra, de la lumière, des spectateurs et ils ne verront que ça.
Peu de gens savent qu’un kilomètre plus bas, il y a une série d’enfilades vraiment terribles, en 6, qui débouchent sur une épingle gauche-pivot au frein à main. Il n’y a jamais personne à cet endroit là ! Pourtant, c’est là qu’on voit s’il y a un pilote dans la bagnole.
On en fini avec ce premier Turini. Tout va bien. Les choses évoluent comme je craignais qu’elle furent écrites : Campana remonte par paquets de dizaines de secondes, Burri va moins vite que moi mais sait gérer à merveille son capital d’avance.
Que voulez-vous y faire ? Je m’amuse. Je pilote. Je fais de mon mieux.
ES 11 : Lantosque / Lucéram - 1
Distance de cette spéciale : 18.81 km
Chrono dans cette spéciale : 14:43,5
Chrono (temps total) 3:26:02,8
Classement dans cette spéciale : 21ème
Classement général : 17ème
Dans celle-là, un bon frein à main fera votre bonheur.
Etrangement, je pense toujours que je ne suis assez vite dans la montée étroite et sinueuse jusqu’au Col St Roc. Il faut avouer que je ne suis pas fan des petits virages en 1 ou en 2 qui se tortillent…
En 2009, j’avais fait une descente du Col St roc d’anthologie et donc je connais la recette.
Je sais, que notre rallye va toucher à sa fin. Je pense à d’éventuels (mais faibles) risques de faits de course qui me seraient profitables…
J’en vraiment bien roulé dans la descente. Sans en faire trop pour ne pas être moi-même dans la colonne des faits de course.
ES 12 : Moulinet / La Bollène-Vésubie - 2
Distance de cette spéciale : 23.41 km
Chrono dans cette spéciale : 17:49,3
Chrono (temps total) 3:43:52,1
Classement dans cette spéciale : 22ème
Classement général : 16ème
Même combat.
Pas de pression, que du plaisir ! La DS3 R3 encore un peu plus affutée après le passage à la dernière assistance me donne toute satisfaction : hyper directionnelle, excellente sur ses appuis latéraux, capable de pivoter, une belle motricité, des freins à toute épreuve (ce n’est pas ce que disent certains, mais je les invite à refreiner du pied droit…)
Cette fois, je vais essayer de ne pas faire trop parler de moi au passage du Col du Turini, car je ne tiens pas à apprendre que « Bug » m’a fait un arrêt cardiaque au parc de Monaco. Avant de partir pour la dernière boucle, il m’a confié « Tiens, là, ça me chatouille. J’y serais bien allé »
Devrais-je comprendre : « J’y serais bien allé à ta place pour être certain que la voiture revienne sur le port de Monaco indemne » ? Non, je crois qu’il me fait confiance même s’il a peut-être été surpris de voir que je suis toujours un compétiteur acharné.
Le passage au col du Turini est haut en couleur mais avec juste la retenue qui donne du beau pilotage. Sans excès.
Au point stop, je m’aperçois que Micka a fait une légère touchette après l’arrivée. Il a une roue légèrement faussée à l’arrière droit. Il y a peut-être un coup à jouer s’il se laisse envahir par la panique…
Entre les deux spéciales, nous avons du temps. Je me gare à quelques dizaines de mètre de Micka. Je le vois tourner autour de sa voiture, s’agiter. Peut-être perdre son sang-froid.
Question : ennemi ou grand-frère ? Réponse : grand-frère.
Je marche jusqu’à sa voiture pour constater avec lui les dommages :
« Calme-toi Micka, ce n’est pas grand’chose. Des voitures au train arrière faussé, j’en ai conduit, il n’y a rien de grave. Tu t’en sortiras très bien. Moi, je te fais confiance. »
Nous nous rendons ensemble au départ de la dernière.
ES 13 : Lantosque / Lucéram - 2
Distance de cette spéciale : 18.81 km
Chrono dans cette spéciale : 14:44,9
Chrono (temps total) 3:58:37,0
Classement dans cette spéciale : 21ème
Classement général : 16ème
Toujours identique au premier passage, c’est la spéciale qui marque la victoire, à bouts de bras de Pierre Campana.
Pour ma art, j’ai continué de rouler aussi vite que possible en me disant que Micka se serait peut-être loupé ou décontenancé face à son petit souci de train arrière. Je veux être là parce que je mérite la place qui sera la mienne à le fin de ce rallye.
On se fait encore une belle descente du Col Saint Roc.
Au point stop, Ludo et moins ne pouvons que constater que notre place est celle que nous méritions : 3ème du 2RM
Je ressens au fond de moi un immense sentiment d’échec et toutes les images de ce rallye me reviennent à la gueule : 1m30 de pénalité sur le routier, le tête à queue dans St Jean en Royans, les pneux clous en 17’’ qui ne permettent pas de « piloter » sur la neige, l’erreur de pilotage dans le Perty et cette dernière nuit rapide mais bien paisible au final.
Je devrais être fou de joie : 3 ème d’une manche d’IRC, au Monte Carlo ! Une coupe de plus pour mon bureau. Une coupe espacée de 15 ans de la dernière, gagnée au Monte Carlo, elle aussi !
Non. Je ne suis pas ravi.
Pourquoi ?
Parce que j’ai fait la paix avec le « gamin Renaud POUTOT » des années 95-96 et qu’il m’a enfin rendu mon pilotage, alors que j’ai désormais 37 ans. Que j’ai disposé dune voiture extraordinaire construite par une équipe de rêve, AUTOMECA, emmenée par Philippe BUGALSKI, un de mes héros, devenu mon team manager pour l’occasion.
J’aurais du faire mieux. J’aurais pu faire mieux.
Puis, peu à peu, à ce sentiment noué de tristesse est venu se greffer un plus de satisfaction, celle que je pouvais lire dans les yeux de « Bug », mon père, Benjamin, Jim, Jean-François, Adrien et Vincent.
Pas trop le droit de tirer la gueule. Alors un premier sourire, puis un sourire permanent.
CLASSEMENT FINAL : 16 éme / 3ème de la catégorie R3
Je voudrais remercier :
Toute mon équipe R plus Racing pour le travail remarquable accompli cet hiver sur tous les essais. (Brian gagne le Monte Carlo et nous y sommes pour quelque chose)
Remercier aussi : Teddy, Yannick et la GIRY family...
Mes ouvreurs : mon papa et Jean-François BOUSSIT qui ont fait un sans faute, a un point tel qu'ils pourraient faire flipper les usines !
Automéca : "Bug" pour sa confiance en moi et la compréhension de mon pilotage, Benjamin pour l'analyse et Jim, mon chef de voiture, pour son efficacité remarquable avec le sourire en prime.
Mes partenaires : CITROEN Valence et notamment Frédéric DEBAYLE qui sont passés directement du stade de sponsors à acteurs à part entière dans mon projet DS3 ! MERCI !
Tous mes partenaires annexes, présents sur l'auto dont le soutient ne fait que croitre avec le temps et qui me permettent ce luxe immense de boucler un budget en quelques coup de fil. Grace à vous, j'ai eu la chance de pouvoir choisir une équipe formidable et une auto extraordinaire.
Ma chérie, Helene, qui est toujours Ok pour mes projets quelle qu'en soit la nature.
Mon équipe d'intendance "tente et restauration" (dont ma maman) qui fait en sorte que personne ne manque de rien.
Jean-Marc de GHP pour m'aider à gagner un peu de perspective sur les choses du sport auto. Son aide est déterminante, et je ne pense pas le lui avoir déjà dit.
C'est fait.
Bruno "zagatoi" avec qui je partage cette culture très Ardéchoise du Rallye...
Vince Faure, qui se dévoue au delà du raisonnable pour moi.
Adrien Agier et son papa, pour leur gestion météo fiable et rigoureuse et son panneautage. Tu as une vision de la course juste et belle : garde-la, ne change rien !
Juju Nicolas qui sait me remettre le cerveau en mode « Fresh-Air »
Tous les gens qui m'ont envoyé des tas de messages d'encouragement : des fois, j'ai l'impression que toute l'Ardèche a mon téléphone portable ! Mais c'est très bien comme ça.
Ce soir, j'ai l'impression, a vos réactions, d'avoir remporté une grande victoire.
Attention, ne vous trompez pas : je ne suis que 3ème de 2RM et 16ème scratch !
La victoire, ce sera pour bientôt. Tous Ensemble.
En Mai, peut-être...
